"La balade du Pili-Pili"
Escales
J.D.B.
Carnet
Equipage
Pili-Pili
Contact
Annexes
Accueil
Début
Précédent
Bas de page
Suivant
Fin
Et si c'était à refaire ?

V2 du 28/07/2005

Etablir "un bilan" de ce parcours en Atlantique a des relents terriens et conventionnels de job sérieux. Cette rubrique s'apparente plus à une synthèse destinée à mon propre usage (les souvenirs précis s'évaporent si vite !) ainsi qu'à un partage d'expérience afin de préparer une nouvelle échappée. Tu as donc bien compris que je ne rentre ni dégoûté de la voile, ni blasé par les rencontres ou par les paysages mais plutôt avec un nouvel appétit de navigations et de découvertes. Voici quelques points dont je tiendrai compte lors de la préparation d'une autre édition. Ils ont trait au choix des destinations, à la composition de l'équipage et à la préparation du voilier ton fidèle compagnon.

 

Itinéraire.

La curiosité, le temps disponible, le budget alloué, la capacité à faire de l'argent n'importe où ... et bien d'autres critères conditionnent le choix des destinations. Certains voiliers rencontrés partaient crânement pour "Le Tour du Monde" et prennent racines au premier grain, d'autres au contraire s'élancent pour une promenade estivale et poursuivent leur route pendant quelques années. L'essentiel est de larguer les amarres où que tu ailles et de savourer chaque instant en mer comme à l'escale.

L'Atlantique offre une inépuisable zone de navigation à laquelle de nombreuses années peuvent être consacrées.

A l'occasion de cette première boucle du Pili-Pili, les Acores et le Cap Vert ont particulièrement retenu mon intéret. L'ancienne possession portugaise mérite à elle seule au moins une saison complète. Aux Caraïbes (de Grenade à St Martin), malgré de superbes paysages, le tourisme tue le tourisme. Seule Tobago possède encore de quoi retenir plus longtemps un voilier amateur de tourisme-découverte.

L'itinéraire d'un nouveau parcours intégrerait Sénégal, Guinée, Sierra Leone, Brésil, Porto Rico, la République Dominicaine, Haïti et Cuba. Sa réalisation requiert au moins deux ans.

 

Equipage.

Solitaire, en couple, en famille, avec un équipage ? Toutes les formules possèdent un intérêt et méritent d'être explorées. Elles peuvent aussi se combiner idéalement en fonction des étapes d'un parcours.

Naviguer en solitaire en Méditerranée représente aujourd'hui une prouesse ou de l'inconscience en raison de l'intense trafic qui y règne.

La composition d'un équipage nécessite autant d'attention que de prudence. Le meilleur comme le pire étant des probabilités non négligeables, il faut peser son choix avec circonspection et "veiller au grain" en permanence car tu auras l'entière responsabilité de tes équipiers (en mer comme à terre). Une bonne formule consiste à passer un peu de temps ensemble à l'escale avant d'appareiller.

Concernant l'équipage embarqué lors de cette balade 2004-2005, la chance a guidé mes choix et ne ce fut que du bonheur de partager ce périple avec Gilles, Karim, Tchepps, Cédrik et Seb.

 

Le bateau, préparation, maintenance et équipements;

Fourre-tout et bric à brac

Même si le Trisbal possède d'étonnants volumes de rangement, mesures avec précaution l'intéret d'emporter tel ou tel objet. Comme sur tous les voiliers, une surcharge pondérale s'observe au comportement marin qui peu rendre le bateau inconfortable au près dans une mer formée (tangage prononcé, enfournement de l'étrave, roulis...). Une surcharge pourrait même s'avérer dangereuse dans du très mauvais temps. Il est parfois bon de rappeler des truismes et d'éviter de transformer ton fier navire en fourre-tout pour bric à brac.

WC

S'il fut un équipement parfaitement inutile c'est bien le trône. Non pas que je renonce à régner mais plutôt à faire usage de cet accessoire tant il se montre source de petits ennuis qui finissent par t'em... sérieusement. Il peut s'avérer indispensable dans de nombreux mouillages fréquentés ou bien dans des circonstances exceptionnelles. De plus sa disponibilité peut devenir la condition sine qua non pour embarquer une remarquable représentante de la gente féminine. Dans ce cas accordes seulement un regard amusé à ces jouets exhibés dans les catalogues ou sur les rayons des shipchandlers. Donc si tu persistes à t'équiper, au moins trois solutions extrêmes se présentent. Le seau d'aisance, le Lavac ou certains broyeurs haut de gamme. (voir Carnet Rien ne se perd, tout se ...).

VOILES

Les voiles sont le moteur du bateau. Chacun le sait mais à peu près tous l'oublient. Partir avec des voiles en bon état et dotées d'un potentiel compatible avec le programme représente une bonne précaution. Une autre assurance consiste à se doter d'un nécessaire de réparation que l'on sait utiliser pour intervenir au premier signe de faiblesse. (fil, aiguilles, Insigna, lattes, coulisseaux...) Si en plus de ta GV neuve tu disposes encore de la précédente alors mets la à poste pour la transat dans les Alizés car même un sac de pommes de terre se gonfle vent arrière. Cela économisera ta belle GV neuve qui sera bien nécessaire pour la Transat Ouest-Est.

SPI

Cette voile, largement utilisée sur PILI PILI, n'à pas à mes yeux pour vocation d'établir des records mais de limiter l'usage du moteur dans les petits airs. C'est ainsi que nous l'avons porté 4 jours pendant la pétole qui sévissait sur la fin de la transat Est-Ouest car le génois n'aurait jamais pu se gonfler. Sinon nous aurions effectué 96 heures de moteur ? Très peu pour PILI PILI. Le spi nous sauve une fois de plus la mise dans le sud de l'Espagne où nous l'avons arborés pendant près de 40 h non-stop.

Deux précautions facilitent l'emploi de cette voile si efficace :

 

PILOTES AUTOMATIQUES

Le Trisbal possède une admirable stabilité de route obtenue en réduisant suffisamment tôt la voilure (la GV en particulier), en bordant ou choquant la GV et enfin en mobilisant correctement les deux dérives. Il nous est arrivé, avec une mer "belle" (selon le terme consacré dans les bulletins mto) de naviguer barre libre ! Voilà pourquoi le pilote électrique (un Autohelm ST4000) n'a été que modérément sollicité et pourquoi sa consommation pendant les traversées n'a pas grevé le bilan électrique. Nous avons également rencontré des conditions (vent irrégulier, houle croisée, pluie sous grain...), pendant lesquelles il a largement mérité sa part d'électrons en nous libérant de la corvée de barre. Mais ce fidèle et discret équipier peut à tout moment se syndiquer, lancer et suivre un mot d'ordre de grève non négociable. Alors même si il a assuré brillamment sa fonction pendant de nombreuses années et de nombreux milles il fera prochainement équipe avec un conservateur d'allure.

 

GREEMENT DORMANT (et assurance).

Les compagnies d'assurance ne couvrent pas la perte du mât si les étais ont plus de 14 ans. Pili Pili navigue depuis 25 ans avec le même gréement soit pratiquement deux fois la limite fixée par les assureurs ! De plus la dernière expertise dont il a été l'objet a révélé que le grément est en parfait état apparent (pas de trace d'oxydation sur les ridoirs et les câbles, diamètre de câble -relevé au pied à coulisse- identique au collet des sertissage et 15 cm plus haut. (cependant l'expert s'est bien gardé de formuler ses observations dans son rapport). Un artisan spécialisé, consulté régulièrement pour remplacer le gréement a formulé les mêmes observations que l'expert maritime pour conclure qu'il ne pouvait pas garantir qu'un gréement neuf ne casserait pas la passe du port franchie (il faut souligner l'honneteté de ce professionnel : Techni Voile à Canet en Roussillon) et que si le gréement avait tenu jusque là il ne fallait pas le remplacer. Il faut donc comprendre l'attitude des assureurs qui considèrent les voiliers de série actuels pour lesquels les constructeur tirent les prix en maximisant les performances plutôt que les voiliers conçus et fabriqués pour le long cours. En effet les Trisbals initialement gréés en côtres ont un mat court et un gréement redondant : double étage de barres de flèches, étais,haubans, galhaubans, bas étais avant et arrière, étais de trinquette, bastaques et double pataras. Faut-il suivre ou non les préconisations des assureurs ? Quels sont les critères pour évaluer l'état d'un gréement ?

 

DOCUMENTS

Lourds et encombrants, les documents admis à bord font l'objet d'un choix attentif.

Au premier rang d'entre eux figurent les cartes marines absolument indispensables. Les logiciels de cartographie marine sont légion et performants mais ... l'ordinateur embarqué ne présente ni la fiabilité, ni la disponibilité, ni la simplicité d'une carte papier. J'ai rencontré quelques voiliers qui ayant misé sur l'ordinateur se trouvèrent fort dépourvus lorsque la panne survint au fin fond du Cap Vert.

La plupart des guides nautiques parfaitement réalisés et onéreux apportent une grande source d'informations. Cependant leur usage érode largement le plaisir de la découverte et le goût de chercher. Ils m'ont rendu de bons services mais deviennent aujourd'hui indésirables à bord.

Après les premiers mois de navigation pendant lesquels le temps à filé très vite, vient le moment où l'esprit se libère. Beaucoup de littérature variée s'avère aussi indispensable que les épices dans la cambuse et le vin rouge dans les soutes.

 

RADIO BLU

J'ai longtemps hésité à équiper Pili Pili d'un émetteur-récepteur BLU pour échanger des emails avec les proches (ex : sailmail). En dernière analyse, cet équipement très cher ne s'avère pas indispensable dans ces zones de l'Atlantique (il se justifie pour le Pacifique où les distances sont plus importantes et où il peut être très utile de rester en contact avec les copains en mer). De plus la réception de cartes météo par hf-fax à l'aide d'un simple récepteur et du PC donne des indications précieuses sur les conditions à venir et rendent accessoires les services d'un routeur.

 

DESSALINISATEUR

Produire son eau ce serait bien mais la corvée à terre (bidon) occasionne de sympathiques rencontres. Encore une fois cet équipement n'est pas nécessaire en Atlantique et lorsque l'on dispose de réserves (500 litres dans les soutes du Pili + 80 litres d'eau minérale en bouteilles + 80 litres d'eau dans des bidons en cas de coup dur).

 

CUISINE

PILI PILI ne dispose pas de réfrigérateur et c'est bien ainsi. Combien d'homologues avons nous rencontré qui doté de cet accessoire étaient désemparés car une panne rétive sévissait ou bien parce que l'énergie venait à manquer à bord.

Pour boire une bière fraîche, rien de tel qu'un torchon humide autour de la cannette ou bien une "descente" dans les bistrots typiques.

Pour conserver ta pêche ? Préparée avec du vinaigre et du citron, la chaire d'une coryphène se consomme pendant 2 jours sans problème.

Les réserves de la cambuse procurent d'excellentes caches aux innombrables passagers clandestins que sont les charençons. De deux choses l'une, ou tu mets beaucoup de sauce tomate dans tes nouilles (car il n'est pas question de jetter !) ou tu mènes une action préventive. Cette dernière solution consiste dès l'approvisionnement à injecter une dose d'ether dans les embalages à l'aide d'une seringue munie d'une forte aiguille.

 

En résumé

Comme tout un chacun, j'ai lu avec intérêt les ouvrages de Moitessier dont le mode de vie dépouillé a de profondes vertus. Mais il était "tombé dedans" et n'avait pas le choix ! Mon point de vue, loin de prôner l'ascèse, consiste plutôt à choisir les équipements strictement nécessaires et à exclure les gadgets (onéreux) afin de ménager ma disponibilité pour vivre simplement et pleinement ces moments exceptionnels au lieu de passer mon temps un tournevis ou une carte bancaire à la main. Pour ménager sa disponibilité, une autre précaution consiste en une préparation sérieuse sans s'égarer dans des détails mineurs qui n'ajoute rien à la sécurité et au potentiel du bateau.

 

En conclusion

La balade est terminée et cette phrase dans une lettre de Vincent Van Gogh à son frère << Les moulins ne sont plus là mais le vent est toujours le même. >> revient à mon esprit car je n'envisage rien d'autre que de repartir un jour prochain.

A suivre ...

Début
Précédent
Haut de page
Suivant
Fin